au fil de l'herbe, c'est le début. le fil de l'herbe entre mes lèvres je souffle une plainte stridente, je sonne faux pour ouvrir une brèche de gaité primitive dans l'air épais et humide.
Est-ce le cri d'un nouveau-né ou la plainte d'un agonisant?
C'est la voix de l'herbe qui comme un fil se tend toujours entre ciel et terre avec une simplicité déroutante.
avant de monter aux arbres,
il faut les connaitre....j'ai longtemps flirté avec l'eucalyptus.
il faut les connaitre, disais-je:
ils sont plus bas ou plus hauts, ils offrent plus ou moins de points d'appui, ils ploient plus ou moins, ils cassent plus ou moins...
Mais ce qui compte, c'est COMMENT: vous devez savoir que certaines branches cassent d'un coup sec, d'autres au contraire vous signalent leur faiblesse avant de lacher.
L'olivier est bas, solide, il offre de nombreux points d'appui, il est fiable car il prévient avant de céder.
L'eucalyptus au contraire permet de monter très haut, il ploie et joue avec le vent, vous donnant cette sensation, ce balancement. Il accompagne la montée de ce son fébril, la musique de ses feuilles, leur arome, leur secret argenté...
il cède sans prévenir, cependant.
Comme j'aimais l'eucalyptus, j'ai pensé que j'aurais du apprendre à tomber, comme les cascadeurs qui en font un métier.
Pendant ce temps, je perfectionnais l'art de me percher, de me dissimuler au sommet tel un oiseau minuscule, bras et jambes enlacés au tronc silencieux. Il ne m'en fallait pas plus pour laisser courir les pensées, et le temps passait.

par Dafne
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